
Histoire d’une jeune agricultrice qui n’a pas peur de sortir du cadre…
Emeline, vous êtes fille d’agriculteur dans le Gers, récemment installée JA en élevage de lapins de chair…Pourquoi les lapins ? C’est une vocation ?
Après mes études à l’Ecole Supérieure de Commerce d’Avignon, j’ai été pendant 5 ans « chef de rayon » dans diverses enseignes de grande distribution. Passionnée par le commerce, c’est un métier qui m’a parfaitement convenu un certain temps. Mais l’envie de créer ma propre entreprise a ensuite pris le dessus.
Je me suis alors rapprochée de l’exploitation familiale. Mon père, aujourd’hui à la retraite, exploitait environ 90 hectares. La SAU a augmenté de 45ha il y a 10 ans, lorsque ma sœur s’est installée JA. Elle a implanté deux bâtiments avicoles de 400m² en poulet du Gers.
En cherchant à m’insérer sur la ferme avec un projet me procurant une activité à temps plein, et participant à l’amélioration de l’exploitation dans son ensemble, le choix des lapins n’est pas arrivé par hasard.
Je souhaitais une activité très pointue techniquement, et « sans plumes », plutôt « propre ». C’est seulement à ces conditions que j’acceptais de m’engager sur de nombreuses années. L’élevage cunicole est alors apparu comme une possibilité…
Après quelques recherches et discussions, nous sommes arrivés à un consensus familial, et nous avons conclu qu’un tel projet serait bénéfique pour l’exploitation dans son ensemble, car il fournirait un volume très important d’un fumier riche en Phosphore et en Potassium. Le prix des engrais étant ce qu’il est, c’était une raison supplémentaire de valider mon premier choix ! L’aventure a pu alors démarrer.
Comment vous êtes vous préparée ?
La chambre d’agriculture du Gers m’a donné les coordonnées du groupement de producteurs de lapins le plus proche, situé en Aveyron. La plupart des élevages du sud-ouest y sont rattachés (environ 40). Accompagnée de leur technicienne, j’ai visité les 2 élevages les plus proches de chez moi, autour de Maubourguet. Cela a conforté mon choix et j’ai lancé la procédure d’installation en tant que JA.
Le début fut un peu délicat, puisque étant salariée tout au long de la mise en place du projet, j’ai dû poser un congé sans solde de deux mois pour partir en stage dans un élevage en Aveyron, afin de valider mon stage 6 mois.
Heureusement pour moi, j’ai toujours eu d’excellentes relations avec mon employeur, qui m’a tout de suite soutenu dans mes démarches.
Avez-vous rencontré des difficultés pour mener à bien ce projet ?
C’est peu de le dire ! J’ai été confrontée à la lourdeur et la lenteur des procédures administratives qu’il faut mener pour s’installer JA, et au manque de concertation entre les différentes instances.
J’ai d’abord essuyé un refus pour mon permis de construire, au motif « risque de nuisances des lapins». Ce refus ne m’a été notifié que 3 jours avant la date limite, et la DDE me demandait de repousser mon bâtiment plus loin que les 100m légaux depuis les habitations. Je n’ai pas accepté que l’on me demande d’implanter mon bâtiment plus loin que ne l’exigeait la loi, car c’est moi qui, pendant de nombreuses années, allais devoir m’y rendre à pied plusieurs fois par jour! J’ai donc déposé un recours gracieux à la Préfecture. De nombreux témoignages de soutien sont venus compléter mon dossier, dont un appui marqué du syndicat des JA. Trois semaines plus tard, seulement, M. le Préfet m’octroyait mon si cher permis de construire !
Les travaux n’ont pu démarrer qu’au mois de novembre, avec un des hivers les plus rigoureux que nous avions connu depuis 10 ans. Tous les intervenants sur le chantier ont travaillé jusqu’à fin janvier dans la boue, le froid, et en plein vent !
Ces péripéties m’ont pris beaucoup d’énergie. Je ne regrette rien, mais je si j’avais su combien il faudrait se battre, je ne sais pas si j’aurais trouvé la motivation nécessaire à la mise en place d’un tel projet.
Et puis la dernière difficulté, pourtant insoupçonnable, est venue de l’entourage.
Le Gers était en effet un des premiers départements producteurs de lapins de chair de France il y a 30 ans. Aujourd’hui, j’ai construit le seul gros élevage gersois. Tous ont arrêté à la retraite, ou se sont reconvertis en aviculture. J’ai rencontré des personnes envahies de souvenirs d’élevages fragiles et trop peu rentables, avec de forts taux de mortalité à l’époque.
Il a fallu que je déploie beaucoup d’énergie pour vaincre leur scepticisme, et leur expliquer les énormes progrès techniques qui permettent aujourd’hui de tenir un élevage très pointu avec un suivi sanitaire irréprochable.
La Vendée ou le Nord de la France comptent parfois plus de 10 élevages par commune ! En tant que gersois, sommes-nous moins capables qu’eux ?
Le temps des clapiers au fond d’une grange et bel et bien révolu ! Aujourd’hui, un bâtiment d’élevage cunicole, c’est 500 cages mères minimum, c’est à dire 600 femelles reproductrices, et pratiquement 4000 lapereaux à la vente toutes les 6 semaines.
Suite au prochain numéro…





Bonjour!
Oui, c’est pas mal, mais encore une fois on pousse a produire toujours plus grand, çà me rappelle ce qui s’est passé avec le gavage… J’espère que la rentabilité sera au rendez-vous. Bon courage!